Annales des Mines (1842, série 4, volume 1) [Image 259]

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SUR LES SABLES DE MER

preuve évidente dans la substance que l'on désigne

sous le nom de mare de la Rance, et qui n'est autre chose que de la tangue à son état primitif, alors que les coquilles n'ont point encore subi le

ballottage qui les pulvérise et qui leurenlève toute espèce de forme. 11 est d'ailleurs impossible de se rendre compte

autrement de la présence d'une grande quantité de carbonate de chaux dans la tangue, attendu qu'aucune des rivières qui débouchent dans la baie ne coule sur un terrain calcaire.

Ainsi, à part la petite quantité d'argile à laune portion peut avoir été apportée par les rivières, quelle correspond en partie l'alumine, et dont

nous voyons que les substances constitutives de la tangue, insolubles dans les acides, sont des détritus granitiques, et les sels solubles dans les acides, des débris de coquillages. Quant aux sels solubles dans l'eau, ce sont tous des corps que l'eau de mer tient ordinairement en dissolution, et qu'en s'évaporant elle a évidemment laissés. Or, si nous étudions la constitution géologique du littoral de la baie, et des vallées traversées par les cours d'eau qui y débouchent, nous les voyons exclusivement

composés de schiste depuis Grandville jusqu'à Cancale; depuis le Pont-Gilbert jusqu'à Sourdeval ; depuis le Pontaubault jusqu'à Saint-Hilaire; depuis Pontorson jusqu'à Antrain. La partie supérieure des coteaux est seule en

granite. Au milieu de cet immense bassin de schiste surgissent presque comme des accidents les îles de

Chausey, le mont Dol, le mont Saint-Michel Tomblame , tous rochers granitiques, dont le et pre-

DE LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL.

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mier, Chausey, est incessamment battu par les vagues, continuellement miné par elles: N'est-ii pas évident alors que tous les. éléments de la tangue, à l'exception toujours d'une portion de l'argile qu'elle renferme , sont exclusivement apportés par la mer? Cependant on ne trouve de tangue que dans les anses où débouchent les rivières. Sur tout le littoral de la Manche on en trouve à toutes les embouchures, même des plus petits ruisseaux, et dans l'enceinte même de la baie. Dès que l'on s'éloigne à quelques kilomètres de la Sée, de la Selune , du Couesnon ou du Vivier, la tangue disparaît complétement et fait place à un sable grossier dont j'ai présenté l'analyse sous le ri 6 du tableau.. Comment donc expliquer cette anomalie apparente entre l'observation directe et l'étude du laboratoire? C'est ici le point délicat et important de la question, celui sur lequel je crois qu'il est nécessaire d'insister un, peu.

La mer, chargée de détritus granitiques et coquilles qu'elle a violemment arrachés aux rochers' situés sur son passage, fait irruption dan3 la baie avec la Vitesse que nous avons signalée plus haut. Les matières dont elle est chargée sont à des états de grosseur fort différents : leur densité n'est pas non plus la même ; or, suivant les lois les plus

simples de la physique, elle doit déposer les

matières les plus grossières et les plus denses les premières, eL emporter avec elle toutes les autres. Elle entre donc dans le lit des rivières chargée d'une grande quantité de substances très-fines ou légères; là elle choque une masse fluide animée d'une vitesse en sens contraire de la sienne; de ce