Annales des Mines (1818, série 1, volume 3) [Image 302]

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NOTICE NÉCROLOGIQUE.

NOTICE NÉCROLOGIQUE.

fois, de modèles à ses condisciples. Son obligeance était extrême; ses notes, ses desseins appartenaient à ses camarades comme à lui-même, et celui qui rédige cette notice en a fait

que l'un des derniers, et entra, dans la chaloupe, le quatre-vingt dix-neuvième, immédiatement avant l'officier qui la commandait , lorsque la mer n'était plus qu'à deux pouces dit bord de ce frêle esquif. Échappé, comme par miracle, au plus affreux désastre dont la marine française ait conservé la mémoire, obligé de faire soixante lieues; à pied sur un sable brûlant, il trouvait

bien des fois l'expérience.

Avec tant de zèle et son heureuse facilité', les succès de M. Brédif devaient être rapides : aussi fut-il nommé ingénieur

en décembre 18to , avant le terme habituel des études. voyé, presque aussitôt, sur l'établissement de Pesey, et nommé

sous-directeur après le départ de M. Beaussier, dont le Corps des mines regrette encore la perte, il y acquit promptement des connaissances pratiques fort étendues, et se trouva à portée de rendre dés services que l'Administration a su apprécier. Le respectable directeur dé cet établissement , à qui l'art des mines et le. Corps lui-même ont de si grandes obligations, l'avait eu bientôt jugé, et ses regrets ont honoré la mémoire du jeune ingénieur qui se félicitait d'avoir été son élève.

La force des armes ayant décide, en 1814, du sort de la Savoie, M. Brédif, après avoir soutenu avec courage, et

jusqu'au dernier moment, les intérêts de la mine , fut chargé de remplir à l'école de la Sarre les fonctions dont il s'était Si bien acquitté en Savoie, et partit pour Geislautern , sans prévoir qu'il allait chercher de nouveaux malheurs. A peine, accompagné d'une sur chérie qui avait voulu s'unir à son sort , s'y était-il installé, qu'une seconde invasion vint encore l'y poursuivre , et ramener, au bord de la Sarre, les mêmes ennemis auxquels les solitudes; des Alpes n'avaient pu. le dérober. ÉChappé , avec peine, à des dangers plus pressans que les premiers privé d'une partie de ce qu'il possédait, mais non découragé , il revint à Paris attendre le moment d'être placé dans un département. Alors se préparait cette expédition du Sénégal , devenue si malheureusement célèbre. La position où se trouvait M. Brédif, le désir de s'instruire, de devenir utile à sa fa.

encore, malgré l'épuisement de ses forces, le moyen d'être utile, en portant dans ses bras les enfans de l'intendant de la colonie. Bravant avec courage des privations et des souffrances inouïes, il arriva enfin à Saint-Louis avec 'ses compagnons d'infortune. C'est de là, qu'à peine remis de tant de fatigues, il envoya à sa soeur une relation de son naufrage, remarquable, sur-tout, par le naturel et la vérité qui y régnent, et dont plusieurs fragmens ont été livrés récemment a l'impression. Il y annonce à une soeur dont la tendresse devait si justement s alarmer , son parfait rétablissement : mais déjà, sans doute, le coup fatal était porté. Cependant, un bâtiment envoyé de France rapporta à Saint-Louis une partie des objets d'art perdus par le naufrage , et dont l'expédition ne pouvait se passer. Une course fut ordonnée dans l'intérieur des terres. M. Brédif saisit avec empressement l'occasion d'étudier une contrée nouvelle pour la science, et qui devait si vivement exciter sa curiosité. Mais, après quelques jours

d'une marche pénible, arrivé à la moitié de la course, et ayant déjà recueilli une foule de notes intéressantes dont il a en-

voyé un extrait à sa famille, il fut attaqué d'une cruelle dyssenterie dontil avait déjà ressenti les atteintes avant son départ,

et, ramené mourant à Saint-Louis , il expira bientôt, le 1. janvier 1818 , en prononçant les noms de sa soeur et de ses frères, dont rien n'adoucira les regrets. Il était à peine âgé de trente-un ans.

Ainsi périt, à la fleur de l'âge, un jeune ingénieur dont les talens auraient, sans doute, un jour, honoré le Corps

Il s'embarqua à Rochefort sur la frégate la Méduse, dont le nom seul rappelle aujourd'hui de si cruels souvenirs. Au milieu du désordre qui accompagna le naufrage, M. Brédif,, qui voyait la mer pour la première fois, montra un courage

qui l'avait adopté. Ce n'est pas sur le sol de la patrie qu'il a succombé, au milieu des fonctions paisibles de son état, entouré d'amis et de parons désolés; c'est sur une terre étranoère à huit cents lieues de la France, privé de la dernière. consolation des mourais, sans un ami qui pût lui fermer les yeux! C. N. A.

et un sang-froid dignes des plus grands éloges : il eut le bonheur de sauver un de ses amis, M. de Chatelus, ingénieur géographe, qui sans lui tombait à la mer ; il ne quitta la frégate

Comme sous-directeur de l'établissement de PeseY, M.Bre-

mille ,

et sur-tout à une sur qu'il aimait tendrement, tout

le décida à accepter les propositions du ministre de la marine.

Note des Rédacteurs des Annales.