Annales des Mines (1866, série 6, volume 5, partie administrative) [Image 7]

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LOIS,

DÉCRETS ET ARRÊTÉS

loppant jamais spontanément en dehors de ces régions, avait pénétré en France à plusieurs époques dans le siècle dernier et pendant l'année i8i5; mais, depuis lors, elle n'avait plus paru chez nous ni dans les contrées qui nous avoisinent, parce que son invasion avait toujours été arrêtée par la sévérité des règlements sanitaires appliqués contre elle dans les États allemands limitrophes de son lieu d'origine. Aujourd'hui que les moyens de communication entre les différents pays sont devenus si rapides et si faciles, les chances ont beaucoup augmenté pour que le typhus franchisse ou tourne les barrières que l'Allemagne a pu opposer autrefois à son irruption. Quelle que soit, d'ailleurs, la cause du développement de l'épizootie dans le Royaume-Uni, toujours est-il qu'elle n'a pas tardé à y exercer les plus grands ravages, et que, peu de temps après, elle s'est manifestée en Hollande, puis presque immédiatement en Belgique. Dès la première nouvelle de l'apparition du fléau, le Gouvernement a envoyé deux professeurs de l'École vétérinaire d'Alfort en Angleterre et en Allemagne, pour recueillir tous les renseignements qui pussent l'éclairer sur la nature de la maladie; et, aussitôt que le doute n'a plus été permis, il a pris immédiatement toutes les mesures propres à nous en préserver. C'est ainsi qu'en vertu du décret du 6 septembre dernier, l'importation et le transit de tous les animaux de l'espèce bovine et de tous les débris frais des mêmes bestiaux provenant des pays infestés ont été absolument interdits sur toutes nos frontières. La même défense a été appliquée à l'importation et au transit des mêmes animaux et des mêmes débris de toute provenance quelconque sur la zone des frontières la plus voisine des contrées envahies. Enfin, sur tout le reste des frontières, l'entrée n'a été autorisée qu'après une constatation préalable de l'état sanitaire et de la provenance par des agents compétents. Cependant, comme cela a été expliqué plus haut, par suite de la rapidité des communications et de la singulière subtilité du principe contagieux qui caractérise le typhus, presque au moment de l'adoption de ces dispositions, l'épizootie s'était introduite à peu près en même temps sur deux points de l'Empire, dans une commune du département du Pas-de-Calais, par l'importation de deux animaux de race durham amenés d'Angleterre, et dans une localité du département du Nord, toute voisine de la frontière belge, par une vache achetée en Belgique. Mais l'Administration était sur ses gardes, et une instruction

SUR

LES MINES.

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avait été préparée d'avance pour indiquer aux préfets ce qu'ils auraient à faire, si le typhus venait à se montrer sur quelque point de leurs départements. Aussi, de la fin du mois d'août au commencement de novembre, nos pertes se sont bornées à Zi3 animaux, tant morts qu'abattus, tandis qu'à la fin de décembre il y avait, en Angleterre, plus de 73.000 animaux attaqués, dont 'plus de 55.600 étaient morts; et, en Hollande, plus de i5.ooo animaux atteints, parmi lesquels la mortalité a été également considérable; et encore la maladie y reste-t-elle en voie de progression, puisque, circonscrite jusqu'alors dans la province du Sud-Hollande, elle vient de franchir une sorte de cordon sanitaire par lequel on avait cherché à l'y renfermer, et de se propager avec violence dans la province d'Utrecht. En Belgique, où les dispositions préservatrices se rapprochent de celles qui ont été mises en vigueur en France, le nombre des pertes n'a été que de hoo à 5oo, et la maladie paraît éteinte. En somme, grâce au concours le plus utile et le plus empressé apporté par tout notre Corps diplomatique et consulaire pour la transmission des renseignements recueillis à l'étranger, par l'administration générale ainsi que par tous les préposés du service des douanes, par les préfets, les sous-préfets, les maires, les vétérinaires et les propriétaires eux-mêmes, qui tous ont rivalisé de zèle et d'intelligence, chacun dans la sphère de son action, l'épizootie avait disparu de la France depuis le 5 novembre, après ne nous avoir infligé que 45 pertes, lorsqu'au commencement de décembre elle fut subitement reconnue au jardin d'acclimatation, où elle venait d'être introduite par deux gazelles importées d'Angleterre. Ce fait était sans précédent dans l'histoire du typhus contagieux, qui n'avait présenté jusqu'ici que les animaux de l'espèce bovine comme pouvant contracter cette affection et la communiquer seulement à leurs congénères. En cette circonstance, après avoir fait périr les deux gazelles, elle a frappé avec la même intensité des yacks, des zébus, des daims, des chèvres, un auroch, des pécaris. Aussitôt et sans perdre un instant, secondée avec le plus louable empressement par le directeur et le vétérinaire du Jardin, ainsi que par les autorités locales, l'administration prit toutes les précautions nécessaires. On fit abattre tous les animaux qui offraient les moindres symptômes de typhus, et on les fit enfouir sur place, ainsi que tous les animaux morts, en ayant soin de garnir les fosses de substances désinfectantes appropriées; et, comme l'isolement absolu,'rendu facile, d'ailleurs, par les installations spé-