Annales des Mines (1904, série 10, volume 6) [Image 277]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

546

547

LA FUMIVORITÉ DES LOCOMOTIVES

ET L'APPAREIL AUTOMATIQUE LANGER

chef Cérésole, de Lausanne, adressait à ses mécaniciens et chauffeurs les instructions du 14 mars 1904, trois locomotives seulement étaient pourvues du fumivore Langer sur les 14 qui l'ont actuellement dans le 1 er arrondissement du réseau fédéral. Mais, dès ce moment-là, les résultats des essais, confirmant et accentuant les données de l'expérience prolongée des six locomotives du VicgeZermatt, permettaient d'annoncer au personnel de la traction qu'en se conformant strictement aux instructions, « chacun reconnaîtra que le fumivore est loin de créer une complication, mais qu'au contraire il facilite le service ». « Le tunnel du Simplon entre autres, ajoutait encore l'Ingénieur en chef, nous impose cet appareil fumivore dont les qualités sont reconnues : il ne sera donc en aucun cas supprimé: Les mécaniciens et chauffeurs qui ne se donneront pas la peine d'étudier soigneusement et de suivre ces instructions seront sans faute transférés à des services secondaires. » Très étendues sur les règles à suivre pour la conduite du feu, lesdites instructions ne font en somme que reproduire et commenter les recommandations que de tout temps l'on a faites aux mécaniciens et chauffeurs, soit verbalement, soit dans les livres (*), et que nous avons encore entendu formuler il y a quelques années par un Chef de traction qui comptait soixante années de service, dont bon nombre sur les locomotives. Il est vrai que, soit par indifférence, soit par suite de la suppression des primes d'économie, réalisée çà et là (notamment sur le Gothard) lors de l'organisation des services à équipes multiples, le chargement méthodique et rationnel du feu n'était pas pratiqué par tous les chauffeurs,

de sorte qu'il a fallu et il faudra un certain temps pour refaire, à ce point de vue, l'éducation du personnel; mais, l'apprentissage terminé, tout va bien, car les locomotives à fumivore Langer révéleraient de loin la mauvaise conduite du feu par les dégagements de fumée, sans parler de la mauvaise vaporisation, cause de retards ou de détresses. Déjà nous tenons d'agents subalternes des chemins de fer fédéraux que le personnel s'acclimate rapidement avec les dispositions nouvelles : nous croyons même savoir qu'en imposant Je chargement méthodique aux chauffeurs du Gothard qui, en l'absence de toutes primes d'économie, enfournaient autrefois les briquettes sans autre souci que de « faire l'heure », le fumivore Langer aura, au moins indirectement, d'heureux effets sur la consommation de combustible, si toutefois la dépense supplémentaire de vapeur ne venait pas à être plus que compensée par les économies qui pourront provenir, une fois le personnel bien stylé, de la combustion plus complète et de la limitation des entrées d'air et du rôle du souffleur ordinaire au strict nécessaire. Ce n'est pas tout : qui dit fumivorité dit réduction de la dimension et de la quantité des escarbilles entraînées dans le faisceau tubulaire, la boîte à fumée et la cheminée. De là : 1° Une moindre usure des tubes près de la plaque tubulaire du foyer, au point où le frottement continuel des escarbilles réduit peu à peu l'épaisseur jusqu'à amener des fuites ; 2° Une diminution certaine des chances d'incendies dans les propriétés riveraines de la voie ferrée ; 3° Une réduction également des chances de combustion dans la boîte à fumée et, par suite, de la visibilité des locomotives ou des navires fumivores qui auraient à jouer on rôle dans la défense nationale. Ajoutons encore que la nappe de vapeur étalée dans le

(*) Voir notamment : Guide du mécanicien et conducteur de locomotives de 1859, par Le Chatelier, Flaehat. Pétiet et Polonceau, p. 454-455, — La Machine-Locomotive, par Sauvage, i" éd., 1904, p. 345.