Annales des Mines (1901, série 9, volume 20) [Image 287]

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NOTE

SUR

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qu'il a remises à Tonnerre dans la bowette hors du magasin. Ces cartouches, qui, dans la période d'affolement qui a suivi l'accident, avaient été jetées dans le bouniou du puits, ont pu en être retirées quelques jours après, et l'examen qui en a été fait a montré que la dynamite qu'elles contenaient était en très bon état et que sa fabrication remontait au mois d'août 1900, ainsi qu'il a déjà été dit. Aucun autre ouvrier survivant n'a reçu de dynamite. Il parait d'ailleurs établi que Bertinchamps n on délivrait pas au moment précis où l'explosion s'est , produite. Onn'a retrouvé on effet dans la bowette, en dehors des débris de son corps, que les cadavres de Pollet et de Cotton d'une part, de Dulieux et de Fourdraine, de l'autre. Les deux premiers étaient deux surveillants du poste de nuit, qui se dirigeaient vers l'accrochage pour remonter au jour. Quant aux seconds, qui se rendaient à leur taille commune, où ils faisaient un usage habituel de la dynamite, il n'y aurait rien d'invraisemblable à ce que l'un d'eux eût pris des cartouches; mais, suivant toute vraisemblance, ils avaient dépassé le magasin au moment où l'explosion s'est produite. Il parait donc certain que Bertinchamps ne délivrait de dynamite à aucun ouvrier au moment précis de l'accident et que, seul, Tonnerre en avait reçu depuis le commencement de la distribution. Les ouvriers qui, sans doute, ont été les derniers à voir en vie le distributeur, ont déclaré l'avoir vu accroupi sur le seuil de son magasin et oècupé à écrire dans son carnet posé sur une caisse vide. Tous les témoins entendus ont été unanimes à attester, le soin avec lequel Bertinchamps s'assurait que les ouvriers qui venaient lui demander de la dynamite ou de la grisoutine n'étaient point porteurs de capsules. Quant à la façon dont il s'éclairait dans son dépôt, les témoignages sont loin d'être aussi concordants. Tandis qu'un certain nombre de témoins ont affirmé qu'en toutes circonstances,

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et le jour de l'explosion en particulier, ils l'avaient vu faire un usage exclusif de sa lampe de sûreté, d'autres ont déclaré l'avoir vu fréquemment employer la lampe à feu nu qui lui était délivrée, concurremment avec une lampe à gaz, pour l'accomplissement des travaux spéciaux dont il était chargé dans le reste de la mine, en dehors des heures de distribution. Il a d'ailleurs été constaté que l'une et l'autre lampe avaient été prises par lui le matin de l'accident . > Pour terminer cet exposé des circonstances qui ont précédé ou suivi l'explosion, nous dirons encore que l'explosion s'est manifestée aujour, d'aprèsles déclarations recueillies immédiatement après l'accident, par une violente détonation, par une longue flamme rougeâtre sortie du puits et aussitôt éteinte, puis par un abondant dégagement de fumées. D'après d'autres déclarations, tardives celles-là, et qui ne se sont produites que plusieurs mois après la catastrophe, la flamme signalée n'aurait pas été aperçue immédiatement après l'explosion. Ce serait un ouvrier mineur qui, arrivant à la fosse quelques minutes plus tard, se serait avancéjusqu'à la recette et, enpenchant sa lampe à feu nu par-dessus la barrière pour tâcher de voir à l'intérieur du puits, aurait mis le feu aux gaz qui en sortaient. Une flamme se serait aussitôt élevée jusqu'aux molettes, puis se serait rapidement éteinte. Il parait difficile d'accepter sans réserves ces déclarations, étant donnés, d'une part, l'époque tardive à laquelle elles se sont produites pour la première fois et, d'autre part, le fait que la longue flamme que l'on affirme s'être dégagée n'a laissé sur le guidage en bois ou sur le câble aucune trace de carbonisation que nous ayons pu constater et, chose à noter, n'a pas brûlé l'ouvrier qui l'aurait allumée. Nous avons cru devoir cependant les relater ici pour exposer dans leur intégrité tous les renseignements recueillis.