Annales des Mines (1892, série 9, volume 1) [Image 179]

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NOTE SUR L'ALLUMAGE DES COUPS DE MINE

2 du modèle d'arrêté préfectoral joint à la circulaire porte que la température de détonation ne devra pas être supérieure à 1.900 degrés, pour les explosifs employés au travail du percement au rocher, ni à 1.500 degrés, pour ceux qui seront employés dans les travaux en couches. Sans vouloir prétendre qu'il n'y a plus à cet égard aucun progrès à faire, il est permis d'esPérer que les accidents causés par les coups de mines deviendront de plus en plus rares. Mais le danger d'inflammation du grisou n'existe pas seulement au moment de l'explosion du coup de mine, il existe encore au moment de l'allumage. Les règlements interdisent toujours le tirage des mines lorsque la présence du grisou peut être constatée ; mais il est mauvais de laisser reposer la sécurité de l'exploitation sur une prescription souvent violée en fait.

Cette question de l'allumage n'a malheureusement presque pas fait de progrès depuis bien des années, et il est permis de dire qu'actuellement elle reste une cause sérieuse de danger pour les ouvriers. En effet, si l'on excepte quelques exploitations où le tirage des mines à l'électricité commence à entrer dans le domaine de la pratique, l'allumage est obtenu partout au moyen de la mèche Bickford, dite de sûreté, dont on enflamme l'extrémité par un morceau d'amadou. La commission française des explosifs avait signalé l'importance qu'il y aurait à supprimer complètement l'emploi des mèches Bickford dans les mines à grisou. Elle avait indiqué d'ailleurs divers systèmes permettant de réaliser cette suppression, notamment les amorces de friction, et l'emploi de l'électricité. Les amorces de friction, analogues à celles qui sont en usage dans l'artillerie, sembleraient devoir réussir aussi dans les mines. Une amorce de ce genre, inventée par M. Cousin, de Condé-sur-Escaut (Nord), avait été

DANS LES EXPLOITATIONS GRISOUTEUSES.

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appliquée vers 1868 aux mines d'Anzin. Vers 1881, MM. Mac-Nab, en Angleterre, et Ruggieri, en France (*),

essayèrent, sans succès, d'introduire dans le tirage des mines des amorces de leur invention. Enfin un autre appareil, imaginé plus récemment par M. Lauer, lieutenant - colonel du génie autrichien, est actuellement employé aux mines de Karwin (Silésie), et dans diverses exploitations voisines ; les essais qui en ont été récemment fait aux mines d'Anzin ont donné des résultats assez favorables.

Le tirage à l'électricité est appliqué dans quelques exploitations françaises, mais on ne peut dire qu'il soit

encore entré dans la pratique courante. Le problème peut être considéré comme résolu pour les forages de puits et le percement des grandes galeries, c'est-à-dire lorsque l'appareil de tirage reste à peu près fixe, mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit du travail courant; un des principaux obstacles est le poids relativement important des appareils électriques, qu'il est assez difficile de transporter, surtout dans les mines à couches minces, auprès de chaque coup à allumer. lin outre, si

l'on ne se sert pas de courants à très faible tension, l'électricité peut donner des étincelles susceptibles d'enflammer le grisou. Quoi qu'il en soit, il est permis d'espérer que, dans un avenir plus ou moins prochain, les amorces de friction et l'emploi de l'électricité seront tout à fait entrés dans le domaine de la pratique des mines, mais, en l'état actuel,

il ne serait guère possible de proscrire l'emploi de la mèche Bickford. Il est dès lors intéressant de chercher à tirer de cet engin imparfait le meilleur parti possible, (*) Pièces annexées aux procès-verbaux des séances de la Commission du grisou, t. 11, p. 74. Rapport de M. Aguillon sur l'étude

des moyens de prévenir les explosions du grisou résultant du tirage des coups de mine, 16 février 1881.