Annales des Mines (1889, série 8, volume 15) [Image 243]

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L'ÉCOLE DES MINES DE PARIS.

NOTICE HISTORIQUE.

encore qu'ils n'en aient pas porté le titre (*) et qu'ils n'aient

daine père avait également fait voyager en Allemagne, aux frais du roi, pour l'initier à la pratique des mines et de la métallurgie, et que Trudaine de Montigny, qui avait

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fait des tournées pour le service du roi qu'en qualité de commissaires du contrôleur général des finances ; ils ont été, en tout cas, les initiateurs, en France, de l'art des mines et de la métallurgie. A Jars et Guillot-Duhamel père il faut joindre, parmi les premiers inspecteurs, ou mieux commissaires des mines employés par les Trudaine, Monnet (**), que Tru4°, 1787) qui fut le premier traité sérieux paru en France sur les levés de plans et tracés souterrains. Par sa vie sérieuse et appliquée, par la respectabilité de son caractère, Guillot-Duhamel a été le digne précurseur de notre corps des mines. Sa figure se détache entre celle de Monnet et de Sage, comme lui les ouvriers de la première heure, mais qui brillèrent plus par l'intrigue et le bruit qu'ils ont fait ou cherché à faire autour de leur nom que par les services rendus ou la vraie science.

Cuvier (Eloges historiques, t. III) a bien dépeint la figure et le caractère de Duhamel, et justement signalé les grands services rendus par lui à l'art des mines et de la métallurgie. (*) Monnet fut le premier qui reçut, par brevet du roi en date du 17 juin 1776, le titre d'inspecteur général des mines, sous le ministère Bertin. Auparavant il n'existait que des commissaires pour les mines, par commission émanée du contrôleur général

des finances. (**) Nous avons déjà présenté Monnet ab lecteur, dans la note 1 de la page 43.I. Né à Champeix en Auvergne en 1734, il est mort le 23 mai 1817. D'abord employé de pharmacie successivement à Paris et à Nantes, il sut capter la faveur de Malesherbes, fils

du chancelier, et alors premier président de la Cour des aides, pour lequel il institua et fit, en 1766, aux frais de celui-ci, à Vaugirard, ce que l'on appelait alors un cours de chimie, c'est-à-dire une série d'expériences, sans lien méthodique entre elles, exécutées d'après les recettes alors connues; l'Ecole des mines possède, en manuscrit, la relation de ces expériences sous le titre à la fois pompeux et naïf de : Cours de chimie fait par Monnet à Malesherbes, en 1766, en trente-cinq opérations dont plusieurs des eaux de senteur; ce titre suffirait à peindre l'homme qui, dans un

moment de franchise, déclare dans un de ses manuscrits savoir à peine le français et ignorer le dessin et les langues. Ce fut sur la recommandation de Malesherbes que Trudaine le prit pour le service des mines et l'envoya d'abord s'initier en Allemagne. L'ceuvre imprimée de Monnet comprend quelque onze volumes

succédé à son père en 1769 comme intendant des finances, employa également comme commissaire du roi. Monnet n'avait pas, comme les deux autres, passé par l'École des ponts et chaussées ; il n'eut jamais ni leur valeur ni leur mérite.

Les Trudaine ne purent arriver à réaliser le plan qu'ils avaient conçu pour la rénovation de l'industrie minérale

et métallurgique. Lorsque Jars et Duhamel revinrent de leur premier voyage d'Allemagne, la malheureuse guerre de Sept ans avait ruiné la France ; les tristes personnages qui se succédèrent au contrôle général des fitraitant surtout de chimie et de minéralogie. Il faut citer à part un Traité d'exploitation (1778, 1 vol. in-4.), composé par adaptation d'ouvrages allemands, et l'Atlas et description minéralogique de la France, « entrepris par ordre du roi par NINI. Guettard et Monnet et publiés par M. Monnet » ((780, 1 vol. de texte et atlas,

in-fol.). Lavoisier (V. Lavoisier, par Grimaux, p. 26) qui avait accompagné Guettant dans ses premières tournées de 1767, a énergiquement réclamé contre l'indélicatesse de Monnet, qui, ayant obtenu de Bertin de faire cette publication, a cherché à s'approprier de cette manière les travaux de Guettard et les siens. Monnet, loin d'améliorer les travaux de ceux-ci, n'avait mème pas su comprendre ce que Guettard avait entrevu : la continuité et la superposition, c'est-à-dire les. deux lois sur lesquelles la géologie allait se constituer comme science. En chimie, Monnet ne fit pas preuve de plus d'intelligence; il fut, avec son ennemi Sage, un des derniers soutiens de la théorie du phlogistique ; en 1798, il publiait une soi-disant Démonstration de la fausseté des principes des nouveaux chimistes, En minéralogie, Monnet, comme Sage également, ne sut comprendre les conceptions d'Haüy contre lesquelles il s'élève vivement dans ses manuscrits.

Maintenu dans le corps des inspecteurs lors de leur réorganisation, Monnet fut mis à la retraite en 1802, avec les trois autres plus anciens titulaires, quand Chaptal songea à diminuer les dépenses du service. Ce coup parait lui avoir été particulièrement sensible et explique, sans les justifier, les aigreurs des manuscrits écrits dans les loisirs de la retraite.