Annales des Mines (1887, série 8, volume 11) [Image 216]

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RECHERCHES EXPÉRIMENTALES

obligé d'éteindre cette chaux, dans la mesure du possible, avant l'emploi du ciment; on laisse pour cela pendant un certain temps le ciment moulu à l'air, ou parfois on ajoute sous les meules, pendant le broyage, des matières suscep-

tibles de dégager de la vapeur d'eau quand elles sont échauffées ; du gypse, par exemple, ou des ciments déjà .hydratés.

Pendant la cuisson le premier effet de la chaleur est de décomposer les argiles en les déshydratant à une température voisine de 600 degrés. Cette décomposition parallèle à la déshydratation est mise en évidence par l'action de la lessive de potasse et de l'acide sulfurique qui dissolvent l'une la silice, l'autre l'alumine beaucoup plus facile-

ment qu'avant la calcination. Entre 800 et 900 degrés le calcaire se décompose en abandonnant son acide carbo-

nique et se transforme en chaux vive. À partir de ce moment, les éléments de l'argile commencent à réagir sur la chaux, et cette réaction devient d'autant plus complète que la température est plus élevée et que son action est plus longtemps prolongée. 11 se forme au contact des grains de chaux et des particules d'argile, des produits fusibles qui se diffusent des deux côtés, en devenant plus basiques d'une part et plus acides d'autre part. Si nous partons d'un paquet d'argile, nous aurons au centre les éléments de l'argile : silice et alumine infusibles, puis des verres fondus peu calcaires, ensuite un mélange fondu de silicates doubles, analogues aux laitiers, avec des silicates mono- et dicalciques, tous fusibles à la tempéra-

ture de cuisson des ciments ; enfin les sels les plus

basiques, seuls éléments actifs des ciments, silicates de chaux tricalciques infusibles et aluminates de chaux fusibles, et en dernier lieu de la chaux vive. La proportion de ces divers éléments varie d'une façon continue avec le degré d'avancement de la cuisson, pour tendre vers une

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SUR LA CONSTITUTION DES MORTIERS.

limite ne dépendant que des proportions relatives des éléments en présence. Avec un grand .excès de chaux, on aura comme produit final de la chaux- vive, du silicate tricalcique et de l'aluminate tricalciqiie. En diminuant la quantité de chaux, on aura les deux mêmes sels et pas de chaux libre. Ensuite, l'aluminate de chaux disparaîtra et sera remplacé par un silicate multiple de composition analogue à celle des laitiers basiques de hauts fourneaux. -

Ce sera ensuite le tour de disparition du silicate tricalcique qui sera remplacé par du silicate dicalcique pulvérisation spontanée, puis par du silicate monocalcique.

On arrivera finalement à des verres analogues aux laitiers acides de hauts fourneaux.

Il faudra, pour obtenir la cuisson, une température d'autant plus élevée que le silicate multiple qui sert de. fondant et permet la diffusion en sens inverse de la silice et de la chaux sera lui-même moins fusible. Un silicate renfermant seulement soit de l'alumine, soit du sesquioxyde de fer, sera moins fusible que si ces deux bases s'y trouvent à la fois ; et l'on peut penser, d'après les analogies, que le maximum de fusibilité sera obtenu avec

équivalents égaux de ces deux corps, soit, en nombres ronds, une fois et demie autant de sesquioxyde de fer que d'alumine. On voit d'après cela comment des pâtes de composition variable pourront donner par des cuissons différentes des

produits similaires ; une cuisson modérée appliquée à un mélange peu calcaire pourra donner, par suite d'une réac-

tion incomplète, de la chaux libre et de l'aluminate de chaux, comme le ferait une cuisson complète appliquée à un. mélange plus riche en chaux. Pour augmenter, par exemple, la yapidité de la prise, qualité indispensable dans certains travaux,.on diminuera