Annales des Mines (1873, série 7, volume 4) [Image 184]

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NOTICE NÉCROLOGIQUE

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saut remarquer, comme dans ses précédentes résidences, par son zèle et par son ardeur pour le travail. Il eut toutefois à faire preuve à Vesoul de qualités d'un autre genre qu'il possédait également à un haut degré et qui devaient appeler sur lui l'attention de l'administration centrale. Dans l'intervalle compris entre 1857 et 1859, les mines de houille de Ronchamp, .situées dans le sous-arrondissement minéralogique de Vesoul, sur le versant occidental des Vosges, furent le théâtre de trois accidents graves. Le 29 janvier 1857, une explosion de grisou à la suite de laquelle huit ouvriers périrent et cinq furent grièvement blessés, se produisit dans les travaux de la deuxième couche au puits Saint-Charles. Prévenu de l'accident dans la nuit par le préfet (*), Descos se rend immédiatement avec ce magistrat à Ronchamp, malgré un froid excessif et les dangers qu'offrait l'abondance des neiges accumulées sur le sol. Arrivé sur le puits, théâtre du sinistre, il y descend, sans même prendre, dit le rapport auquel j'emprunte ces détails, le soin de se réchauffer un peu. Malgré le danger sérieux d'explosion qui existait encore, il pénètre dans les travaux et ne se retire qu'après avoir pourvu à ce que l'accident commandait. Au mois de noveinbre suivant, un incendie se déclara dans le local souterrain des chaudières du même puits. La mine dans laquelle le feu s'était propagé dut être fermée jusqu'au mois d'avril 1858. A la réouverture du puits, Descos veut, avant de laisser reprendre l'exploitation, apprécier par lui-même l'état des travaux incendiés. Le grisou et l'eau avaient pu s'accumuler dans les chambres d'extraction, et en enlevant les décombres pour y pénétrer, on s'exposait à être surpris. La situation n'était donc pas exempte de dangers. C'est une raison pour qu'il eu prenne sa part. Aussi le voit-on pré() M. Dieu.

SUR M. DESCOS.

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sider en personne à la rentrée des ouvriers dans leurs chantiers, se tenir constamment à leur tête et assurer, en définitive, la sécurité commune par la direction intelligente qu'il imprime à l'opération. Enfin, le io août 1859 une terrible explosion de grisou dans les travaux du puits Saint-Joseph vint jeter, pour la troisième fois, la désolation aux houillères de Ronchamp, en enlevant vingt-neuf mineurs à leurs familles. A la nouvelle de cette catastrophe, Descos accourt de nouveau à Ronchamp pour diriger les travaux de sauvetage et essayer d'arracher à la mort quelques-unes des victimes. Il lutte, à cet effet, pendant quinze jours sans prendre un

seul instant de repos. Si, à raison du temps qui lui a été nécessaire pour se rendre sur les lieux, il ne peut atteindre son but, du moins, grâce à ses efforts persévérants, les corps des malheureuses victimes sont-ils retrouvés et rendus à leurs familles. Le préfet de la Haute-Saône, témoin de l'énergie remarquable et de la rare intrépidité dont Descos avait fait preuve

dans ces tristes circonstances, s'était empressé de les signaler au ministre des travaux publics. A la suite des deux premiers accidents de Ronchamp, il avait été chargé d'adresser à l'ingénieur des mines de Vesoul des félicitations pour sa belle conduite. Dans la tentative presque désespérée de sauvetage du puits Saint-Joseph, celui-ci s'était exposé

aux plus grands dangers ; il avait reçu à la main droite une blessure des plus douloureuses qui n'avait pu le déterminer à suspendre ses recherches ; il avait même failli périr victime de son zèle. Le préfet n'eut aucune peine à montrer que de pareils actes de courage et d'abnégation méritaient plus que des éloges. Sur sa proposition qui fut appuyée par M. de Billy, inspecteur général des mines de la division dii Nord-Est, un décret du 17 mai 186o nomma Descos chevalier de la Légion d'honneur.. Comme le faisait du reste remarquer avec raison le préfet