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Un laboratoire payant : du déclin à la disparition (1902-1934)

Le passage de la gratuité au payant

L'arrêté du 13 mars 1902 met fin à la gratuité du Bureau d'essais. Les articles 2,3, et 4 de l'arrêté ministériel du 16 novembre 1845 sont abrogés. Désormais les analyses « donnent lieu à la perception d'une taxe (...).». 

Cette décision est le fruit d'une réflexion très ancienne. Déjà en 1858, lorsque la question est posée par le Ministre, Edouard Rivot n'y est pas favorable. En 1890, le projet de tarification est relancé. Une dépêche du 3 avril 1890 invite l'administration de l'Ecole des mines à fournir des propositions « dans le but de faire payer une certaine rétribution » aux demandeurs. Pour ce faire, un relevé estimatif des prix des analyses est constitué pour les années 1888 et 1889. Le total des recettes est estimé à 39530 fr. pour 1888 et à 34925 fr. pour 1889, déduction faite des échantillons traités pour le compte des administrations publiques.

Les prix affichés par le Bureau d'essais à partir de 1902 sont très largement inspirés des prix estimés en 1890 pour chaque analyse.

Comme le montre le tableau récapitulatif des tarifs du Bureau d'essais, ce sont les eaux minérales qui coûtent le plus cher à faire analyser. L'article 3 de l'arrêté de 1902 précise en outre qu'il est nécessaire d'en fournir au moins « 15 litres » à envoyer dans « des bouteilles cachetées » A titre de comparaison, faire analyser des minerais d'or et d'argent revient 10 fois moins cher.

La composition des morceaux de charbon, analyse la plus fréquemment demandée au Bureeau d'essais coûte 30 francs. Le client obtient le détail de la composition en eau, cendres et matières volatile et la teneur en carbone. Si il désire savoir le pouvoir calorifique du combustible, il est tenu de payer 20 francs supplémentaires.

Sur les minerais, on pratique soit le dosage unique d'un seul composant, soit « une analyse complète usuelle » qui révèle tous les composants du minerai. La seconde opération coûte trois fois plus chère en moyenne que la première. La quantité de minerai nécessaire aux analyses est de 250 grammes environ. La méthode d'analyse entre aussi en ligne de compte dans le prix final. Les essais par la voie sèche pour les minerais sont moins onéreux (25 ou 30 fr.) 

Des exceptions à la tarification habituelle sont prévues dans l'arrêté. Elles concernent « les échantillons envoyés par les Ingénieurs du corps des mines ou par les administrations coloniales des mines (…) dans un but d'intérêt public et (…) nécessaires à l'instruction d'une affaire de service » Le directeur de l'Ecole des mines de Paris est laissé seul juge de la recevabilité de ces demandes. L'analyse est alors effectuée gratuitement.  

 

Lorsqu'un client désire faire appel au Bureau d'Essais, il envoie un courrier au directeur du Bureau d'Essais, ou à défaut, au directeur de l'Ecole. Il mentionne l'origine de l'échantillon et le type d'analyse il souhaite. Un des chimistes du Bureau d'essais se charge se réaliser un devis pour le client. La somme est portée sur une petite fiche standardisée qui comporte deux parties : l'une est réservée au chimiste et contient en outre le nom et l'adresse du client et l'autre est remplie par le secrétaire-comptable de l'école. En effet c'est lui qui centralise tous les paiements et qui contrôle si celui-ci a bien été effectué. C'est seulement une fois la signature du secrétaire-comptable apposée que l'analyse peut débuter.

A leur arrivée au Bureau d'Essais, toutes les demandes reçoivent un numéro d'ordre, qui est appelé « numéro provisoire »Si la demande est effectivement suivie d'un paiement et que le processus d'analyse est lancé alors la demande reçoit un autre numéro d'orde, dit « définitif » Ce numéro « définitif » est celui que l'on retrouve sur le registre d'entrée, puis sur celui des réponses.

On trouve parfois mention dans les dossiers de « recettes diverses » : celles-ci correspondent souvent à des suppléments payés par les clients pour avoir un duplicata de la réponse du laboratoire, qui pouvait être envoyé au destinataire de leur choix.

La première guerre mondiale et l'entre-deux guerre

Le chimiste Bouchard et Gabriel Chesneau, présents sur place, répondent aux rares demandes transmises à la fin de l'année 1914. A partir de 1915 et jusqu'en 1919, le Bureau d'Essais tourne autour de 50 essais par an. Les recettes s'élèvent en moyenne à 2000 francs.

Durant cette période, le Bureau d'essais traite en majorité des minerais de charbon, dont on veut connaître le pouvoir calorifique, mais aussi du fer, quelques minerais aurifères venus des colonies, ainsi que des eaux minérales aux diverses vertus thérapeutiques. Les particuliers sont moins bien lotis que les industriels et doivent parfois renoncer à leur demande, faute de pouvoir payer le prix de l'analyse (les prix restent les mêmes qu'avant guerre). Cependant, le Bureau d'essais effectue aussi une dizaine d'analyses gratuites, entre autre sur le charbon destiné au chauffage des bâtiments de l'Ecole.

Gabriel Chesneau souligne aussi la contribution du Bureau d'Essais, qui a « servi pendant toute la guerre à de nombreuses recherches pour la défense nationale : analyses de fontes aciérées pour obus, d'alliages métalliques pour avions, étude de gaz asphyxiants, etc » Ainsi en avril 1916, le Bureau d'essais reçoit « un échantillon de minerai de fer magnétique titanifère », remis par le directeur des Mines au ministère des Travaux publics. En octobre 1917, c'est « un échantillon de fonte spéciale (très probablement de provenance anglaise) » dont les propriétés sont analysées. Il a été remis par le sous-secrétaire d'état, de l'aéronautique militaire. 

En 1919, un nouveau chimiste est adjoint au Bureau d'essais, Louis Fontaine, signe que l'on espère une reprise de l'activité. Dans les années 1920, le Bureau d'essais traite quelques demandes d'analyses sur des nouveaux matériaux emblématiques de ce début de siècle. Ainsi, en octobre 1925, il reçoit des « verres de lampes de mines Marsant » en Pyrex, marque PYREX, envoyés par la société « le Pyrex » de Paris pour les soumettre à la « méthode du Bec Berzelius » de Gabriel Chesneau. L'essai est effectué sur 10 verres qui « ont tous résisté à l'essai (…) sans se briser ni se fendre, pendant 5 minutes ». La commercialisation de tout une gamme de produits en pyrex est alors en plein essor, et touche aussi le secteur des mines, apportant ici des améliorations au matériel essentiel des mineurs.



La suppression du Bureau d'essais

A peine dix ans plus tard, la décision de supprimer le Bureau d'essais est prise lors de la séance du conseil du 7 mars 1934. Sur la base d'un rapport détaillé, les administrateurs ne peuvent que constater que celui-ci ne remplit plus sa mission première. En effet, il est concurrencé par de multiples laboratoires privés, parfois très bien équipés, qui fournissent des prestations identiques à celles du Bureau d'Essais, en terme de qualité et surtout pour le même prix. il n'y a plus d'intérêt à maintenir un tel laboratoire qui fonctionne sur des crédits publics.

Le nombre d'échantillons reçus baisse progressivement à la fin des années 1920. En 1924, on dénombre 350 analyses réalisées ; en 1930, c'est déjà un tiers de moins. La crise financière ne fait qu’aggraver les choses : seulement 130 échantillons sont traités en 1933.

Le principal motif de suppression du Bureau d'Essais est son coût de fonctionnement très élevé, au regard des recettes qu'il génère. Elles sont comprises entre 20000 et 30000 francs pour les décennies 1920 et 1930, et subissent des variations importantes d'une année sur l'autre.

Or les dépenses de personnel ne représentent pas moins de 62 980 francs en 1934. Cette somme comprend le traitement des deux chimistes attachés au Bureau d'Essais, Louis Fontaine, le plus ancien, et Montagne, jeune chimiste. A cela s'ajoute les dépenses de produits chimiques, de l'ordre de 3000 à 4000 francs par an. Le Bureau est donc largement déficitaire et sa suppression très compréhensible.

Par la suite, ses locaux sont réaffectés au laboratoire de chimie industrielle, quand, en 1939, l'aménagement des nouveaux laboratoires a lieu. Pour le personnel, la situation ets plus compliquée l'Etat cherche à réduire les effectifs de fonctionnaires. Le décret du 14 avril 1934 prévoit ainsi une réduction de 10 % des agents de l'Etat par service ou organisme. L'Ecole se voit contrainte de mettre à la retraite d'office Louis Fontaine, alors âgé de 56 ans. Le chimiste Montagne remplace le chef des travaux de chimie forcé de partir à la retraite car il est âgé de 62 ans.

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