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Les activités du bureau d'essais

L'activité du bureau d'essais en chiffres

Le bureau d'essais traite en moyenne 450 échantillons par an entre 1846 et 1849. Victime de son succès auprès du public, il reçoit durant la décennie suivante bien plus d'échantillons qu'il n'en peut traiter. Un arriéré important s'accumule au fil des années. Entre 1845 à 1857, il reçoit au total près de 9500 échantillons à analyser. Malgré une forte augmentation du rendement, l'arriéré représente environ 14 % du total des échantillons traités en 1857. Cette année là, on atteint notamment un record de 1068 réponses données.

Confronté à ce problème d'arriéré, Edouard Rivot, met en évidence les délais de réponse qui sont très longs, au grand dam des industriels : « plusieurs des échantillons admis ont été retirés par les personnes qui les avaient apportés, lesquelles voulaient obtenir une réponse immédiate »( lettre de Rivot à Dufrénoy, 15 janvier 1856). On estime à 1286 le nombre d'échantillons retirés ou annulés entre 1845 à 1877, soit 5,5 % du total d'échantillons admis au bureau d'essais durant cette période.

Le délai moyen de réponse souhaité par Rivot est de deux à trois semaines, même si des délais de réponses courts entrainent un afflux d'échantillons et crééent une menace d'arriéré (ce fut le cas en 1857). Pour certaines analyses longues et complexes, comme celles des eaux minérales, il faut compter un délai de réponse supérieur à six mois. 

Dans les années 1860, le travail est perturbé par les grands travaux qui ont lieu à l'Ecole et à la suite du percement du boulevard Saint-Michel En 1865, on compte seulement neuf mois de travail et 432 échantillons analysés. L'activité ne reprend normalement qu'en février 1866. Le Bureau d'essais enregistre alors un nouveau pic d'activité, qui dure peu de temps.

En effet, la guerre franco-prussienne éclate en 1870. Durant la période du siège de Paris, le registre d'entrée du Bureau d'essais indique que « le travail a été interrompu ». En septembre et octobre 1870, seulement 4 échantillons sont traités. Le travail reprend ensuite brièvement le 1er février 1871 avant de connaître une nouvelle « interruption pendant l'insurrection de la Commune de Paris en avril et mai 1871. ».Ces circonstances expliquent les chiffres très bas enregistrés ces deux années là.

De 1872 à 1886, le nombre d'analyses effectuées au Bureau d'essais est relativement stable (en moyenne 763), avant de connaître une nouvelle hausse à partir de 1895, dépassant systématiquement les 1000 échantillons. 

Les résultats statistiques de l'activité du bureau d'essais sont rendus publics chaque année 

Pour qui travaille le Bureau d'essais ? 

Les statistiques nous permettent de constater le succès immédiat et durable du Bureau d'essais auprès du public. Il produit des résultats fiables, relativement rapides et surtout, son atout essentiel est sa gratuité. C'est ce qui le différencie des petits laboratoires privés, des « essayeurs du commerce » comme les appelle Rivot.

Un premier bilan effectué en 1853 révèle que le Bureau d'essais est employé non seulement par l'industrie minière et métallurgique, mais aussi par le secteur agricole, qui envoie des échantillons d'engrais, de terres végétales, de roches calcaires, de marnes. Mais le laboratoire, contrairement à ce qu'en pense le Ministre des Travaux publics dans une lettre au directeur de l'Ecole du 7 juillet 1869 n'est pas qu' « un bureau de consultations industrielles ».

L'Administration est également un grand pourvoyeur d'échantillons. Le Bureau d'essais doit faire face aux demandes d'analyses de différents ministères, celui de la marine et des colonies par exemple. Le laboratoire est contraint d'accepter certaines demandes, dites exceptionnelles, qui sortent pourtant de ses compétences habituelles.

En septembre 1861 par exemple, le Ministre des Travaux publics souhaite faire procéder à l'analyse de savons, ce qui nécessite trois mois de travail. En 1880, le Ministre de la finance, saisi par un industriel, ordonne l'examen de la composition de « bandages à roues en métal fondu », importés pour le compte de la compagnie des chemins de fer de l'Ouest. Adolphe Carnot a beau arguer le manque de personnel compétent et de matériel adapté, il finit tout de même par reçevoir deux caisses d'un poids total 402 kilos...

Quelques dizaines d'années plus tôt, en 1855, le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics a fait appel au Bureau d'essais  pour une affaire d'importance nationale : la « question des pains et farines », qui fait suite aux disettes des années 1854-1855. Rivot est partie prenante de la commission de planification chargée d'examiner les nouveaux procédés de fabrication du pain. « Tous ces procédés ont eu pour but d'obtenir un bon pain avec une quantité de farine moindre que celle employée ordinairement »explique-t-il. Début 1856, il reçoit ainsi quotidiennement 4 à 6 échantillons et doit faire face à ce surcroit de travail : « j'ai du faire moi-même toutes les opérations, et pour cela renoncer à toutes recherches que j'avais entreprises. », Au total se sont plus de 150 échantillons qui sont traités.

Les locaux du Bureau d'essais

A l'occasion des travaux d'aménagement et d'agrandissement des laboratoires, le Conseil décide en 1843 « la construction d'un bâtiment particulier en retour sur la cour des laboratoires et faisant façade sur la rue, destiné au laboratoire des essais. »

Ce projet, qui comporte la réalisation d'un rez-de-chaussée et d'un étage, n'aboutit pas. Finalement, une petite extension est construite, sans ajout d'étage. Il n'est plus destiné au laboratoire des essais, mais sert aux travaux pratiques des élèves. Le bureau d'essais est, après sa création, relégué dans « une seule petite pièce » de l'aile des laboratoires. A la fin des années 1840, une nouvelle salle lui est attribuée dans les étages, à côté du petit laboratoire de Pierre Berthier. Celui-ci conserve la jouissance d'un local pour ses recherches après sa mise en retraite en 1845 (cette pièce revient au bureau d'essai qui en fait un cabinet). 

Rivot donne un apreçu de l'aménagement de la salle supérieure du Bureau d'essais en 1850: « le plancher s'est affaissé de plusieurs centimètres ; la cloison qui sépare le laboratoire du corridor est maintenant suspendue en l'air (…). On a construit dans le principe deux hottes parallèles, une seule est utilisée. Sous l'autre, j'ai du mettre une étagère pour les réactifs. Il est important de remplacer cette hotte inutile par deux armoires vitrées ; l'une pour les réactifs, l'autre pour les échantillons nombreux arrivant au bureau d'essais, et qui maintenant restent pendant plusieurs mois exposés aux vapeurs et à la poussière »Au second étage se trouve lun autre aboratoire, muni d'un système d« écoulement des eaux et acides. » Il est peu pratique en été : « son seul inconvénient est d'être extrêmement chaud pendant l'été. ;»

Suite au percement du boulevard Saint-Michel, l'ancienne aile des laboratoires se trouve détruite. Le projet de nouveaux locaux modernes et fonctionnels, conçu par Rivot et mis en œuvre par l'architecte de l'école Vallez démarre en 1861. Les travaux, longs et coûteux, s'achèvent à la fin de la décennie.

Le Bureau d'essais dispose de toute la partie située au nord du nouveau bâtiment des laboratoires. Un long corridor, partant d'un escalier, distribue deux laboratoires et un cabinet. Plus loin, on trouve les pièces réservées à la collection des échantillons et puis un laboratoire dédié aux analyses par la voie sèche. 

Enfin, en 1881 sont finalisés les derniers grands travaux d'améngement des laboratoires. Le Bureau d'essais dispose de deux laboratoires (les pièces numérotées T et U) et d'un cabinet (pièce V). Les laboratoires contiennent chacun « deux bains de sable, une moufle, un four d'évaporation, quatre fours de calcination, un évier, des étagères pour la verrerie et les réactifs et des meubles à tiroirs. Le cabinet renferme les balances de précision dans de grandes armoires vitrées et les échantillons de minerais à analyser ». 

Depuis lors et jusqu'à sa disparition en 1934, le bureau d'essais a occupé ces mêmes espaces.

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